31 janvier 2015

Dix-huit mois de vie américaine

Journal intime

Aujourd'hui, samedi 31 janvier 2015, est officiellement le dernier jour de mon Volontariat International en Entreprise. Mon visa expire ce soir, à partir de demain je n'ai plus le droit de travailler aux États-Unis et j'ai trente jours pour quitter le territoire. Ma première impression sur cette expérience américaine est qu'elle restera une étape importante de ma vie. J'y ai appris beaucoup de choses sur la culture américaine, bien entendu, mais aussi sur la culture française et sur moi même. On ne revient pas le même d'une année et demie passée loin de son pays, de sa famille et de ses amis, à découvrir une culture différente. On dit que voyager forme la jeunesse (et pas seulement), et bien c'est vrai !

Pour autant, le processus qui m'a amené jusqu'ici avait débuté bien avant ces dix-huit mois et, à bientôt trente ans, je ressens un certain sentiment d'accomplissement. Une phrase ressort régulièrement lorsque je discute avec les Américains : "Life is what you make of it". Si elle peut sembler bateau au premier abord, je trouve qu'elle souligne une certaine force de caractère, la volonté de croire en soit, de faire des choix puis de les assumer et de tirer du positif de chaque expérience plutôt que des regrets. C'est en tout cas ma philosophie, celle qui m'a permis de réaliser mes souhaits jusqu'à présent. Et puis finalement, j'ai aussi beaucoup appris de mes années à rechercher un V.I.E., de mes différents échecs ainsi que de mes précédents boulots (Bouygues Télécom en tête). Ceux qui me connaissent le savent, cette expérience aux USA n'est pas une opportunité qui s'est présentée au hasard de la vie et que j'aurais saisie en disant "pourquoi pas". C'est quelque chose dont je parlais depuis longtemps et pour laquelle j'ai dépensé beaucoup d'énergie, d'autant que je tenais absolument à la faire dans de bonnes conditions professionnelles, ce qui fut le cas. En fait, j'imaginais cette aventure exactement telle que je l'ai vécue, à tel point que durant ces dix-huit mois, il m'est plusieurs fois arrivé de regarder dehors, de me dire "Je suis aux États-Unis quoi !" et de simplement sourire, heureux que j'étais d'être là.

Un mot enfin pour raconter ce qui m'a poussé à écrire ce blog. C'était un jour d'été 2008 alors que je faisais du vélo le long du canal de Midi et que j'espérais obtenir un V.I.E. à Washington avec Sagem, opportunité qui ne s'est pas concrétisée. Ce jour là, j'ai décidé que si j'arrivais à atteindre cet objectif, quelque soit le moment, il fallait que j'en fasse une expérience unique et que je la raconte. La raconter pour la partager, bien sûr, mais aussi et surtout pour moi. Car en plus d'avoir une mauvaise mémoire, je sais à quel point les souvenirs ont tendance à se déformer avec le temps. L'écriture est le meilleur moyen de garder une trace du moment présent, ce qui fait de ce blog un récit "en direct" de mon voyage tout autant que mon journal intime.

Influence américaine

Depuis le début de l'année 2015, les gens ne cessent de me demander si je suis content de rentrer. La réponse est oui, j'ai même hâte de rentrer. Pour être honnête, j'ai eu le mal du pays dès mon premier mois, un sentiment qui ne s'est jamais estompé. La vie américaine n'est pas faite pour moi - chose que je résume caricaturalement en disant : "I'm done with ultra-liberalism" - mais il n'avait de toute façon jamais été question d'immigrer aux États-Unis pour de bon. Je suis venu dans le cadre d'un programme d'échange qui m'a donné le temps nécessaire pour appréhender ce mode de vie qui m'intriguait tant. L'objectif est rempli, je peux maintenant rentrer sans regret.

Dans ce blog, je n'ai cessé de me questionner sur les raisons m'ayant poussées à venir ici. Bien sûr il y avait la volonté d'améliorer mon anglais et de forcer mon caractère timide à s'affirmer en causant une langue étrangère, surtout connaissant la facilité de dialogue des Américains. Ou encore l'envie de visiter ce pays qui fait la taille d'un continent et propose tant de choses à voir. Ou plus simplement le fait de partir de chez moi, quelque soit le lieu, afin de poser un regard extérieur sur mes origines et de voir autre chose dans le monde. Mais il y avait aussi une motivation plus profonde, une motivation qui fait que ça devait être les États-Unis et pas le Canada anglophone, l'Australie ou les Iles Britanniques. Au gré de mes articles, j'ai fait plusieurs références aux mythes de la culture américaine, surtout ceux véhiculés par Hollywood, ce n'était pas un hasard. En poussant la réflexion d'avantage, je pense faire partie d'une génération qui a grandie dans une période de forte influence de la culture américaine. Que ce soit par la musique, le cinéma, la nourriture, le style vestimentaire et tant d'autres choses, tout ce qui venait des États-Unis semblait cool.

Quelques exemples afin d'illustrer mes propos : les années 80-90 ont vu l’explosion en France de la musique de la west coast avec le rap californien (2 Pac, Dr. Dre), le rock (Red Hot Chilli Peppers, Off Springs), le grunge (Nirvana), sans même parler de Michael Jackson ; des sports de glisse comme le skateboard, le roller, le surf ou le snowboard ; du basket et plus spécifiquement de la NBA avec Michael Jordan ; des films d'action grand public avec Die Hard, Terminator ou encore Heat ; de modes vestimentaires maintenant courantes comme les sweat (à capuche), les baskets ou les casquettes ; des fast-food avec la démocratisation de Mcdonald's. Saviez-vous que le prénom Kevin était le plus donné en France en 1991 alors qu'il était inconnu auparavant ? Je peux me tromper, mais j'ai le sentiment que la mise en avant du modèle américain n'a jamais été aussi forte que durant les années 80 et 90, en pleine période de Reagan et de la chute du Communisme.

Le problème, et je m'en suis rendu compte en grandissant, est que l'on ne voit qu'un seul aspect de la culture américaine : celui du divertissement. J'avais donc envie d'aller voir par moi même la réalité de la vie aux USA pour, en quelque sorte, la désacraliser. Aujourd'hui le résultat est sans appel : je ne me suis jamais senti autant Français !

Ultra-capitalisme et innovation

Mais n'allez pas croire que je rejette en bloc le modèle américain, loin de là. Il y a effectivement des choses que j'ai du mal à accepter, tel que les systèmes de santé et d'éducation totalement libéralisés, ou encore le droit du travail qui permet de licencier du jour au lendemain sans préavis et n'impose aucun minimum légal pour les congés et les salaires (du moins au niveau fédéral). Comment ne pas parler également des gens laissés sur le bord de la route et qui sont très loin de bénéficier des mêmes aides que chez nous ? Mais l'aspect qui m'a le plus dérangé et qui rejoint les précédents est simplement l'omniprésence de l'argent. La société américaine est ultra-capitaliste, rien de nouveau sous le soleil, mais ce n'est pas juste un mot que l'on colle dans des analyses économiques, c'est un fait tangible qui se manifeste au quotidien. Les Américains n'ont que le mot dollars à la bouche.

À côté de ça, la société américaine propose des aspects fascinants, à commencer par sa capacité à intégrer des gens de toutes origines (et par extension à s'exporter). Je suis assez admiratif du patriotisme américain que l'on s'amuse tant à moquer, car il va bien au delà du drapeau sur chaque maison ou du gros pick-up RAM. Les États-Unis ont été fondés selon un idéal démocratique qui est toujours aussi vif et qui représente la souche de l'identité américaine, bien loin de toute considération raciale. Il suffit de voir l'omniprésence dans les médias des Pères Fondateurs, de Lincoln ou de Martin Luther King pour s'en rendre compte. La Constitution américaine est publiée tous les 4 juillet en première page de tous les journaux du pays. Alors je sais bien qu'il y a des tensions raciales aux États-Unis et ce depuis longtemps, mais elles sont plus le fait d'une peur de "l'autre" au sein de certaines communautés que d'une remise en question de l'identité globale américaine, qui elle est bien multi-communautaire et unificatrice.

Un autre trait intéressant de la culture américaine est cette croyance que tout est possible, qui découle en bonne partie des aspects présentés précédemment. J'en est déjà parlé sur ce blog, les Américains ont une capacité assez extraordinaire à se lancer dans des aventures sans se poser de question. Ce n'est pas un hasard si tant d'objets, applications et services de notre quotidien ont été créés aux États-Unis. Beaucoup s'y cassent les dents, mais les quelques-uns qui réussissent ont une influence au niveau mondial, du genre de celle qui m'a fait venir jusqu'ici. Par cet aspect, je ne me fais pas de souci pour la société américaine qui, j'en suis sûr, saura s'ouvrir d'avantage et s'adapter à un monde dans lequel elle ne peut pas tout contrôler. C'est d'ailleurs déjà le cas.

Bilan

Je veux terminer cet article par une touche plus personnelle et souligner une fois de plus ma joie d'avoir vécu dix-huit mois aux États-Unis. Si je n'envisage pas de vivre dans ce pays, ni maintenant ni à l'avenir, j'y garderai toujours une connexion via les gens rencontrés, mon colocataire Jesse en tête, mais aussi culturellement. Je suis incapable de dire si je me suis américanisé durant cette aventure, ce sera à vous de me le dire, mais je sais en tout cas que l'influence américaine qui m'a poussée à venir ici n'a pas finie de se faire ressentir !

PS : je profite de cet article pour faire la pub de deux séries et deux livres qui ont également participé à mon expérience par les éléments de réflexion sur la société américaine qu'ils m'ont apportés, d'autant que je les ai lus et vus sur place :

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