La coupe du monde bat son plein et la France nous fait plaisir, mais je vais plutôt parler d'un autre football, américain celui-là, considéré comme sport le plus populaire de ce côté de l'Atlantique. À l'inverse du baseball, déjà très apprécié durant la première moitié du XXe siècle et l'essor de la radio, le football américain a du attendre les années 60 et l’émergence de la télévision pour atteindre une grande popularité. Il est aujourd'hui le seul sport diffusé sur des chaines ne nécessitant pas d'abonnement et sa grande finale, le fameux Superbowl, rassemble plus de cent millions d'américains devant leur écran chaque année.
Les bases
Les Yankees en conviennent eux-même, l'appellation football est un peu étrange pour ce sport qui se pratique avant tout avec les mains. Il s'agissait initialement d'un mélange entre football (le notre) et surtout de rugby, codifié au fil du temps dans le monde universitaire, particulièrement en Nouvelle-Angleterre avec Harvard et Yale.
Deux équipes de onze joueurs s'affrontent avec un ballon ovale et pour objectif de marquer des points. Le touchdown permet de marquer six points et se réalise en amenant le ballon dans une zone spécifique à chaque bout du terrain, comme un essai au rugby, à la différence qu'il n'est pas nécessaire de poser le ballon au sol. Une autre option pour marquer est de faire passer le ballon entre les poteaux adverses via un tir au pied, ce qui s'appelle un field goal et rapporte trois points. Ensuite, il y a les transformations et les règles de pénalités, mais je ne rentre pas trop dans le détail.
La plus grosse particularité du football US est le découpage du jeu en phases. En effet, l'équipe qui attaque possède quatre tentatives, ou phases, pour faire avancer le ballon de dix yards (quasiment dix mètres). Une phase de jeu commence par un engament et s'arrête dès que le ballon tombe au sol suite à une passe manquée, ou qu'un joueur est plaqué au sol avec le ballon en main. On définit alors la stratégie pour la phase de jeu suivante et on ré-engage le ballon de la ligne où il était tombé. Phase de jeu par phase de jeu, l’équipe attaquante doit réussir à franchir les dix yards initiaux. Soit elle réussit et on repart pour dix nouveaux yards et quatre tentatives, ceci jusqu'à marquer un touchdown ou un field goal, soit elle échoue et on inverse les rôles, l’équipe de défense passant en attaque et vice-versa.
Lors d'une phase de jeu, il existe deux types de stratégie pour progresser :
- Un joueur peut courir avec le ballon en main et slalomer dans la défense adverse jusqu'à être arrêté. On appelle ce type de joueur un running back car il court depuis l'arrière.
- Un joueur peut faire une passe en avant vers un autre joueur. Celui qui fait la passe est le quaterback, celui qui la récupère le receiver. La règle de la passe en avant est assez simple : elle n'est possible que si on se trouve derrière la ligne d'engagement du ballon. Passé cette ligne, on ne peut faire que des passes en arrière.
Il y a évidemment des tonnes de variations de ces deux types d'actions et il revient aux coachs, en concertation avec le quaterback, de définir laquelle utiliser. Une fois le choix effectué, les joueurs sont mis au courant via un code et savent exactement ce qu'ils doivent faire, en défense comme en attaque. Par un exemple un receiver sait qu'il doit courir selon telle trajectoire, se retourner à tel endroit et potentiellement voir le ballon arriver exactement au même moment.
Comme chaque équipe ne connait pas la stratégie de l'adversaire, il reste une grosse part d'imprévu. Par exemple en cas de passe, le quaterback joue un rôle majeur et doit être capable de prendre très rapidement une décision. Si les receivers sont tous couverts, il peut décider de courir lui-même ou de passer le ballon à un coéquipier proche pour limiter les dégâts. Pour donner le maximum de temps au quaterback dans son choix, cinq de ses coéquipiers nommés offensive linemen sont chargés de former une poche atour de lui en repoussant les adversaires.
De leur coté, les défenseurs font tout pour empêcher l'attaque adverse de progresser. Pour cela ils couvrent les courses des receivers, stoppent le running back et tentent de percer la poche de protection du quaterback pour plaquer, ou au moins gêner, ce dernier. Plaquer un quaterback s'appelle un sack et c'est un objectif important de la défense qui permet d’annihiler immédiatement une phase de jeu tout en faisant perdre du terrain. D'autres objectifs sont l'interception d'une passe, qui permet de récupérer la possession, et le fumble qui consiste à faire tomber le ballon des mains d'un attaquant pour ensuite le récupérer.
Je ne rentre pas d'avantage dans le détail, il y a évidemment d'autres règles et types de joueurs, mais globalement ce n'est pas un sport très compliqué à comprendre lorsqu'on regarde un match. Et puis le fonctionnement par phase fait que chaque action est décortiquée au ralenti avant de passer à la suivante, ce qui aide à la compréhension.
L'organisation
Comme je l'ai dis précédemment, onze joueurs s'affrontent dans chaque équipe, mais à l'inverse des sports européens, le football US autorise autant de changements que voulus entre chaque phase de jeu. Les Américains ont donc poussé le concept à son paroxysme : chaque équipe possède une formation d'attaque, une formation de défense et une ou plusieurs formations spéciales, à chaque fois composées de joueurs différents. En NFL, chaque équipe est composée en tout de cinquante-trois joueurs, pour seulement onze en permanence sur le terrain. Regardez un match à la télé et vous verrez une foule de remplaçants sur la touche.
Ainsi, au sein de chaque formation, chaque joueurs est ultra-spécialisé. Il y a par exemple deux types de joueurs pour les tirs au pied : un pour les fields goal, lorsque le ballon est posé au sol, il s'appelle le placekicker ; et un pour les dégagements lorsque le ballon est d'abord en main puis tapé au pied, il s'appelle le punter. Ces joueurs rentrent cinq à dix fois par match uniquement pour taper leur coup de pied. Autre exemple, les offensive linemen dont j'ai déjà parlé - mais si, ceux qui forment une poche de protection pour le quarterback, il faut suivre un peu - et qui sont dédiés à leur rôle. Ce sont de gros bourrins qui repoussent les adversaires avec leurs mains et n'ont pas vocation, sauf situation exceptionnelle, à toucher le ballon. Des travailleurs de l'ombre en gros. Tout l'opposé du quaterback qui est constamment sur le devant de la scène lorsque son équipe attaque.
La NFL (National Football League) est le championnat dans lequel s'affrontent 32 équipes et son organisation joue énormément dans l'importance du football américain aux États-Unis. Ici, le sport est saisonnier et on alterne entre les différentes disciplines tout au long de l'année. Durant la belle saison, du printemps à l'automne, c'est le moment du baseball. Le basket et le hockey, en tant que sports d'intérieur, prennent le relais durant l'hiver, d'octobre à mai. Le football US suit un cycle différent et s'inscrit dans une période bien précise de l'année : la fin des beaux jours et les hollidays.
La pré-saison commence en août, puis le championnat commence en septembre pour seulement quatre mois. C'est très court, chaque équipe ne joue que seize matchs. L'effervescence monte progressivement jusqu'en octobre et tout s'emballe autour de la mi-saison en novembre. En effet, novembre coïncide avec l'arrivée du froid et de la nuit qui tombe de plus en plus tôt. En cette période morose, le Football Américain devient l'activité sociale du week-end. Les gens se retrouvent dans des bars ou entre amis pour voir les matchs qui ont toujours lieu le dimanche. Enfin, novembre est également le mois de Thanksgiving (fête aussi importante que Noël, voir plus), qui marque le début des hollidays.
Il faut bien comprendre ce que sont les hollidays pour les Américains. C'est comme Noël et le jour de l'An chez nous, sauf que ça commence dès Thanksgiving et dure cinq semaines au lieu de dix jours. Beaucoup de gens prennent des congés durant cette période, pour faire du shopping (le Black Friday est le lendemain de Thanksgiving) et passer du temps en famille. Les maisons sont décorées, les étudiants reviennent chez leurs parents, c'est vraiment un moment spécial dans la culture américaine dans lequel le football américain a une place prépondérante. Il est par exemple de tradition de jouer au foot US dans les différentes ligues universitaires le jour de Thanksgiving. La NFL organise également des matchs spéciaux : deux avec les équipes de Dallas et Detroit (par tradition) et un troisième qui est généralement la revanche du Superbowl précédent. Ces matchs génèrent des audiences très importantes et sont regardés en famille après avoir mangé la dinde.
Enfin, les play-offs sont la dernière étape de la saison et se déroulent, pour les équipes qualifiées, tout le mois de janvier. Ils se concluent par le Superbowl début février, le match de sport le plus regardé au monde, autant pour les pubs originales que pour le jeu. Une fois que tout est fini, les joueurs sont en vacances jusqu'à l'été suivant, soit cinq mois, de quoi rendre jaloux même les profs et instituteurs !
Les Patriots
L'équipe locale de football américain est évidemment les New England Patriots dont je n'ai pas besoin d'expliquer l'appellation si vous suivez un peu ce blog.
Contrairement aux autres équipes de Boston, il s'agit d'une formation relativement récente. Ils ont été créés en 1959 dans l'AFL, ligue concurrent de la NFL, puis ont rejoint cette dernière en 1970 lorsque les deux ligues ont fusionné. Pendant trente ans, l'équipe n'a guère eu de succès, ne jouant que rarement les play-offs et n'atteignant qu'une seule fois le Superbowl, pour y perdre. En conséquence, le football américain n’était pas très populaire dans la région de Boston. Puis en 2000 tout a changé : un nouveau coach, Bill Belichick, a été embauché et un jeune quaterback drafté, le fameux Tom Brady.
Contrairement aux autres équipes de Boston, il s'agit d'une formation relativement récente. Ils ont été créés en 1959 dans l'AFL, ligue concurrent de la NFL, puis ont rejoint cette dernière en 1970 lorsque les deux ligues ont fusionné. Pendant trente ans, l'équipe n'a guère eu de succès, ne jouant que rarement les play-offs et n'atteignant qu'une seule fois le Superbowl, pour y perdre. En conséquence, le football américain n’était pas très populaire dans la région de Boston. Puis en 2000 tout a changé : un nouveau coach, Bill Belichick, a été embauché et un jeune quaterback drafté, le fameux Tom Brady.
La draft est encore une spécificité des sports américains que je me dois d'expliquer : les joueurs ayant fait au moins deux années de sport universitaire se présentent durant un événement appelé la draft et sont sélectionnés, ou pas, par les équipes. La plus mauvaise équipe de la saison précédente a le premier choix de joueur, puis la seconde moins mauvaise, et ainsi de suite. Il y a plusieurs tours permettant aux équipes de choisir plusieurs joueurs. Ainsi, plus un joueur est choisi tôt, plus il est censé être bon (et plus son salaire est élevé). Et bien sachez que Tom Brady a été sélectionné durant la Draft 2000 en 199e position, lors du sixième tour, soit le rang d'un joueur de seconde zone. Sauf que depuis, Tom Brady et les Patriots ont gagné trois Superbowl (2001, 2003 et 2004) et atteint la finale deux autres fois (2007 et 2011) dont une année record en 2007 avec 16 victoires et 0 défaite durant la saison régulière. Grâce en grande partie à leur quaterback, les New England Patriots sont devenus l'équipe la plus prolifique de ces quinze dernières années, rien de moins, et Tom Brady est dorénavant considéré comme le "best NFL draft pick of all time". C'est une véritable superstar ayant permis au Football Américain de gagner en popularité dans toute la Nouvelle-Angleterre.
En 2013, les Patriots ont perdu en finale de conférence contre les Denver Broncos de Peyton Manning, l'autre quaterback superstar du moment. Pour l'anecdote, Peyton Manning était lui un premier choix de draft. Ensuite, les Broncos ont perdu lors du Superbowl contre les Seattle Seahawks qui, pour la première fois depuis très longtemps, ont écrasé leur adversaire grâce à une excellente défense. En voici un résumé que je vous conseille fortement.
Des pubs douloureuses
Il y a deux aspects négatifs que je veux aborder concernant le football américain. Le premier est celui de la diffusion télé et du nombre incalculable de pubs. Enfin pas si incalculable puisque je me suis justement amusé à faire le calcul lors du match de demi-finale de conférence entre les Patriots et les Colts d'Indianapolis, le 11 janvier dernier. Un match est divisé en deux mi-temps de trente minutes et j'ai chronométré tout le détail de la seconde mi-temps. Voici ce que cela donne :
Début du match : 20h15
Début deuxième mi-temps : 21h53
Début deuxième mi-temps : 21h53
- Live - 9 min - Chgt possession suite field goal
- Pub - 2 min 20
- Live - 35 sec - Renvoi au pied
- Pub - 1 min 30
- Live - 10 min 10 - Chgt possession suite touchdown
- Pub - 1 min 50
- Live - 30 sec - Renvoi au pied
- Pub - 1 min 35
- Live - 2 min 50 - Chgt possession touchdown
- Pub - 1 min 50
- Live - 11 min 40 - Fin 3e quart-temps (22h37)
- Pub - 1 min 50
- Live - 3 min - Chgt possession
- Pub - 1 min 45
- Live - 1 min 45 - Chgt possession suite touchdown
- Pub - 1 min 30
- Live - 7 min 45 - Chgt possession suite touchdown
- Pub - 1 min 50
- Live - 17 min 55 - Chgt possession
- Pub - 1 min 35
- Live - 3 min 30 - Pause des 2 minutes warning
- Pub - 2 min 20
- Live - 6 min - Fin du match
Total live sur deuxième mi-temps : 1h15
Total pub sur deuxième mi-temps : 20 min
Le ratio est grosso-modo d'un quart d'heure de pub par heure de match, sachant qu'un match peut durer jusqu'à quatre heures, ce qui fait une heure de pub au total à se farcir. Il faut être motivé pour tenir jusqu'au bout, ou alors il faut avoir un PC, iPad, smartphone, magazine à portée de main pour combler les temps de pub. J'ai fini par comprendre qu'un sport américain ne se regardait pas en étant concentré à 100% devant sa télé, mais qu'il fallait faire autre chose en même temps.
Autre aspect négatif : la violence, non pas en tribune entre supporters, mais directement le terrain, du fait de la dangerosité du sport. Je pense qu'il s'agit du sport qui génère le plus de blessures par match en moyenne. J'ai par exemple entendu plusieurs débats à la radio sur le problème des traumatismes crâniens résultants des chocs casque contre casque, en particulier au niveau universitaire. Des gamins de vingt ans se retrouvent avec des dommages permanents au cerveau et l'opinion publique commence à trouver cela moyennement cool.
Mais le plus terrible, ce sont les blessures au niveau des jambes: tendon d’Achille, tendon rotulien, ligaments croisés, j'en passe et des meilleurs. Il y en a tellement que des fans ont fait le compte des ruptures du ligament croisé antérieur (LCA, ou ACL en anglais) durant la dernière saison. Résultat : 58 ruptures. Rappelez vous qu'il n'y a que seize matchs par équipe, plus les play-offs, ce qui fait en tout 267 matchs. Alors certes les entraînements et pré-saisons sont aussi inclus dans le compte des blessures, mais le ratio reste très élevé, et il ne compte que les ruptures du LCA, pas les autres types de blessure !
Le plus terrible est à quel point cela est devenu banal dans ce sport. Dans notre foot à nous, quand une grosse blessure a lieu, tout le monde est désolé pour le joueur en question et on en parle parfois plus que le score final du match. Dans le football américain, une petite voiturette arrive pour évacuer le joueur, le commentateur dit "He's out for the season" et on passe à autre chose. Si le joueur est très connu, on en parlera un peu plus, mais autrement c'est déjà oublié, on reprend le spectacle...
Comme vous le savez probablement, j'ai une certaine expérience de la question et ça me fait toujours mal au cœur de voir quelqu'un se blesser de la sorte. Pour la peine, j'ai reposté sur ce même blog deux articles concernant ma rupture du LCA, rédigés respectivement un an et deux ans après m'être blessé en 2010 :
Mais le plus terrible, ce sont les blessures au niveau des jambes: tendon d’Achille, tendon rotulien, ligaments croisés, j'en passe et des meilleurs. Il y en a tellement que des fans ont fait le compte des ruptures du ligament croisé antérieur (LCA, ou ACL en anglais) durant la dernière saison. Résultat : 58 ruptures. Rappelez vous qu'il n'y a que seize matchs par équipe, plus les play-offs, ce qui fait en tout 267 matchs. Alors certes les entraînements et pré-saisons sont aussi inclus dans le compte des blessures, mais le ratio reste très élevé, et il ne compte que les ruptures du LCA, pas les autres types de blessure !
Le plus terrible est à quel point cela est devenu banal dans ce sport. Dans notre foot à nous, quand une grosse blessure a lieu, tout le monde est désolé pour le joueur en question et on en parle parfois plus que le score final du match. Dans le football américain, une petite voiturette arrive pour évacuer le joueur, le commentateur dit "He's out for the season" et on passe à autre chose. Si le joueur est très connu, on en parlera un peu plus, mais autrement c'est déjà oublié, on reprend le spectacle...
- Rupture du ligament croisé antérieur : un an plus tard - Posté le 5 novembre 2011
- Rupture du ligament croisé antérieur : deux ans plus tard - Posté le 5 novembre 2012




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