Ne bénéficiant pas d'un mois de mai avec tous les jeudis fériés, j'ai tout de même profité du Memorial Day, lundi dernier, pour organiser un week-end de trois jours à Chicago. Mais avant de rentrer dans le détail de ce voyage, faisons un détour par Lexington et Concord, deux villes du Massachusetts qui ont joué un rôle clé dans l'histoire des États-Unis.
"Fire, for God's sake, fellow soldiers, fire!"
Lexington et Concord sont deux petites villes situées au nord-ouest de Boston, à environ vingt minutes de chez moi. Je m'y suis rendu un samedi matin car j'avais entendu parler d'un pont à voir, mais je ne savais pas vraiment de quoi il retournait. Quand je suis arrivé à Lexington, je me suis immédiatement retrouvé sur le Battle Green, une grande pelouse au centre de la ville. Dans l'office du tourisme tout proche, on m'a expliqué que je me trouvais sur un lieu historique de la révolution américaine : celui où tout a commencé. J'avais déjà entendu parler de cette histoire, mais ma mémoire courte avait tout effacé. Du coup, j'ai découvert le déroulement des événements au gré de ma balade ce qui a rendu l'expérience très intéressante.
Tout se passe au début du printemps 1775, le 19 avril exactement, après des mois de tension entre gouvernement britannique et Patriots. Figurez-vous que nos amis Patriots, colons aux aspirations révolutionnaires, s'amusent à cacher des armes dans la campagne bostonienne en prévision d'une future et inévitable rébellion envers le pouvoir anglais. Ayant eu mot de l'affaire, le gouvernement envoie dans la nuit du 18 au 19 avril quelques sept-cents soldats vers Concord pour trouver les armes et en prendre possession. À leur tour, les Patriots sont mis au courant de l'expédition des Redcoats et envoient deux messagers prévenir les milices des environs. L'un d'eux est le fameux Paul Revere, dont on trouve une grande statue dans Boston, et qui a voyagé toute la nuit à cheval vers Lexington et Concord avant de se faire arrêter, non sans avoir largement passé le mot de l'arrivée imminente des troupes anglaises.
À Lexington, la milice Patriot se rassemble sur la place du village, le fameux Battle Green. Avec moins d'une centaine de colons, ils ne font pas le poids et ne bloquent pas la route vers Concord, ils sont simplement là dans un but politique, pour se montrer. N'appréciant guère l'affront, l'officier en tête du cortège fait avancer ses hommes vers les colons et leur demande de déposer les armes. Le capitaine Parker, chef de la milice Patriot, ne veut pas d'un bain de sang et demande à ses hommes de rentrer calmement chez eux. Mais soudain un coup de feu retenti, dont l'origine est encore aujourd'hui mystérieuse. Paniqués, les soldats britanniques répliquent, sans en avoir reçu l'ordre, et tuent quelques colons en train de se replier. Ces derniers tirent également mais ne font guère de dégâts. Ces coups de feu sont considérés comme les premiers de la guerre d'indépendance américaine.
Suite à cette bataille relevant plutôt de l’escarmouche, l'armée se dirige vers la ville de Concord et s'éparpille à la recherche des armes et afin de garder quelques positions clés. L'une de ces positions est le North Bridge, qui comme son nom l'indique est un pont au nord de Concord. Une milice bien plus nombreuse que celle de Lexington se rassemble sur une colline près du pont, alors occupé par des soldats anglais en infériorité numérique. Les Patriots avancent vers le pont bien décidés à en prendre le contrôle, en réponse à quoi les britanniques reculent et se mettent en formation de l'autre côté de la rive. Alors que les Patriots franchissent le pont, un nouveau coup de feu retenti, il vient des Anglais (toujours sans en avoir eu l'ordre) et entraîne par réaction le feu de toute la première ligne anglaise. Deux colons meurent sur le coup. C'est alors que le colonel Barret, chef des Patriots, prononce ces mots restés célèbres : "Fire, for God's sake, fellow soldiers, fire!". Les miliciens tirent, les premiers soldats anglais tombent entraînant leur déroute.
Les milices alentours continuent de se rassembler, de plus en plus nombreuses, mettant les Britanniques en infériorité numérique et les oblige à se replier vers Boston. Ils seront harcelés durant toute leur retraite et seront tout heureux de trouver des renforts en court de route. Ils perdront tout de même plus d'une centaine d'hommes et encore d'avantage de blessés avant de finalement rallier Boston dans la soirée. Les Patriots, qui n'étaient qu'une poignée au départ, finiront le lendemain par encercler la ville avec quinze-mille hommes venus de toute la Nouvelle-Angleterre. Il n'y aura pas de retour en arrière. Un an et trois mois plus tard sera signée la Déclaration d'Indépendance, mais il faudra attendre 1783 et le traité de Paris pour que les britanniques reconnaissent l'indépendance des Treize Colonies sous le nom d'États-Unis d'Amérique.
Pour plus d'information : Bataille de Lexington et Concord, Guerre d'indépendance des États-Unis.
Sur les photos ci-dessous, dans l'ordre : le Battle Green, une statue du capitaine Parker, le North Bridge (deux photos), une statue du premier officier Patriot tué sur le pont, et enfin une stèle sur le chemin de la retraite Britannique.
Chicago
Je n'avais pas prévu d'écrire si longuement sur Lexington et Concord, mais Boston est le berceau de l'indépendance américaine et il fallait bien que j'en parle un jour. Ce n'est pas le cas de Chicago, mais cette ville à d'autres choses à proposer. Plus vraiment sur la côte est mais pas encore à l'ouest, perdue vers la frontière canadienne, on parle peu de Chicago alors qu'elle est la troisième plus grande ville des USA après New York et Los Angeles. Lorsque mon chef m'a conseillé d'aller la visiter, il m'a directement dis : "Tu verras, c'est une ville très américaine". Et il avait raison. En plus de ça, Chicago est une ville où l'art et l'architecture modernes sont omniprésents. Une ville qui vaut largement le détour.
Le paradoxe de Chicago est que tout y est américain, donc grand, mais qu'elle se parcours très bien à pied et en transports en commun. Les points d'intérêt sont en effet concentrés dans le centre-ville, voyez la carte ci-dessous.
Organisé autour de la Loop, une boucle de métro aérien, le centre-ville regroupe à la fois le quartier d'affaire, les musées, les parcs, les hôtels, les commerces, les sculptures d'art, etc. J'ai voyagé avec deux compatriotes français : Mathieu, un collègue de boulot et mon camarade V.I.E. David. Arrivés le samedi matin et repartis le lundi soir, nous avons vu l'essentiel des attractions de la ville, profitant d'un hôtel situé en centre-ville et d'un temps magnifique. Lors de notre arrivée le samedi matin, nous avons pris le métro depuis l'aéroport vers le centre-ville et sommes directement tombés sur un discours du maire de la ville pour le Memorial Day dont voici un extrait. Sympa comme accueil !
Lorsque l'on se balade dans Chicago, la comparaison qui vient à l'esprit est New York. On y trouve en effet les mêmes bâtiments immenses, mélange harmonieux de vieux et d'ancien, ainsi qu'un métro aérien tout en métal et de larges avenues bien droites. Pourtant, Chicago est moins oppressante que New York grâce à des bâtiments plus espacés. Si New York n'était pas une ville aussi multi-culturelle, chose à laquelle ne peut pas prétendre la très américaine Chicago, je crois que je préférerais cette dernière.
En revanche, il y a un domaine où Chicago surpasse New York : c'est la skyline. Plusieurs fois lors de nos balades en ville, nous avons levé les yeux pour contempler ces immenses buildings aux styles uniques. Qu'ils soient en verre ou en pierre, angulaires ou arrondis, grands ou larges, gris ou rouge, hôtels ou bureaux, récents ou vieux, ils impressionnent tous. Il faut parfois faire une pause et regarder la taille des gens au pied du bâtiment pour se rendre compte de leur immensité. Un immeuble parisien serait de loin le plus petit building du centre-ville de Chicago. Moi qui suit d'avantage adepte d'histoire que d'art, j'ai été bluffé par la richesse de Chicago dans ce domaine. Au delà des buildings, la ville est également parsemée de sculptures qui ne laissent pas indifférents. Voyez par exemple cette énorme fontaine filmée de nuit. Pour en terminer avec l'aspect culturel, Chicago est également un lieu réputé pour le blues, comme nous avons pu le constater en nous rendant au bar de Buddy Guy, lequel a même fait une apparition sur scène. Incroyable le charisme et la voix du type à 77 ans.
L'autre intérêt de Chicago est son ouverture sur le Lac Michigan, tellement grand que l'on croirait une mer. Un vent marin se fait sentir dès qu'on se rapproche du rivage et vaut à Chicago son surnom de Windy City (surtout en hiver, quand le vent est glacial). La rivière Chicago qui traverse la ville se déverse dans le lac, ou plutôt se déversait, car en 1871 un canal fut ouvert en amont de la rivière afin d'inverser son cours en la faisant se jeter dans le Mississippi. Mais pourquoi avoir fait ça me direz-vous ? Et bien pour éviter que les eaux usées jetées par habitants dans la rivière ne viennent polluer le lac utilisé comme source d'eau potable. C'était visiblement plus simple que d'arrêter de polluer. Évidemment, ce qui fait le bonheur des uns a fait le malheur des autres, en l’occurrence la ville de Saint-Louis par laquelle passe le Mississippi et qui a vu toutes les eaux usées de Chicago passer par chez elle. Du coup, la petite Saint-Louis a porté plainte contre la riche et puissante Chicago et... a perdu le procès. Argent et pouvoir permettent beaucoup de chose aux États-Unis. Mais les habitants de Saint-Louis ont eu leur revanche puisqu'ils ont récupéré cette eau polluée, l'ont mis dans de petites bouteilles marron et l'ont renvoyé à Chicago sous le nom de Budweiser...
Ok, la blague n'est pas de moi mais de l'excellent guide qui a commenté notre tour en bateau sur la rivière Chicago et le lac Michigan. C'est d'ailleurs une constante dans les tours guidés que j'ai fait aux État-Unis : les commentaires sont excellents. Bien sûr c'est en anglais, mais je conseille de faire l'effort car cela en vaut souvent la chandelle. Ce tour en bateau nous a aussi permis d'avoir une magnifique vue d'ensemble de la skyline de Chicago, de la Willis Tower (ex Sears Tower), de la Trump Tower, de la John Hancock Tower et tant d'autres. A propos de la Willis Tower, qui est la deuxième plus grande tour des États-Unis après la nouvelle World Trade Center One de New York, nous sommes allés tout en haut voir la superbe vue panoramique et marcher sur le Skydeck, juste deux jours avant qu'il ne craque !
Dernier mot sur la nourriture avec les deux spécialités de la ville qui sont le Chicago hot-dog et la deep-dish pizza, ce qui ne fait pas vraiment rêver. Mais je vous l'avais dis, c'est une ville très américaine. J'avoue tout de même que le Chicago hot-dog, qui se targue d'être un hot-dog sans ketchup (pain et saucisse + tomate fraîche, oignons, un grand cornichon et des piments), est plutôt bon. Alors Boston ou Chicago ? Les deux mon capitaine. Car que ce soit à travers l'histoire ou l'art, ce sont deux villes qui nous en apprennent beaucoup sur la culture américaine.

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