De tous les sports américains, le baseball est le seul que je ne connaissais pas du tout. Je voyais ça comme un truc compliqué et chiant. Si les règles semblent compliquées à l'écrit (mais pas tant que ça à la télé) et que c'est effectivement parfois ennuyeux, j'ai été surpris de trouver ce sport prenant, voir même très prenant. C'est en tout cas celui qui suscite le plus de passion dans cette partie des États-Unis, ce qui en fait un élément culturel notable dans ma petite aventure américaine, surtout avec la victoire des Red Sox durant les World Series 2013.
Les bases
Le baseball est un sport dans lequel s'affrontent deux équipes et dont le but est de marquer plus de Runs (points) que l'adversaire au terme des neuf manches. Chaque manche est découpée en deux phases durant laquelle une équipe joue en attaque et l'autre en défense, puis inversement. Ce sont les mêmes joueurs qui jouent en attaque et en défense.
Jouer en attaque consiste à taper la balle avec la batte puis à courir pour atteindre successivement les trois bases et revenir au point de départ, ce qui permet de marquer un run (un point). Jouer en défense, c'est lancer la balle pour que le batteur adverse la frappe puis réussir à l'éliminer. Il faut éliminer trois batteurs pour mettre un terme à la manche.
Voici comment un batteur peut être éliminé :
Voici comment un batteur peut être éliminé :
- Il rate trois fois une balle lancée qui était jouable, on appelle ça un strike. Une balle jouable est une balle qui passe dans une zone de frappe devant lui (un juge décide). Le batteur rate la balle s'il ne la touche pas du tout, ou bien s'il la touche mais qu'elle part hors du champs de jeu devant lui (par exemple si elle part derrière lui).
- Il tape la balle dans l'air de jeu, mais celle-ci est attrapée de volée (aucun rebond) par un défenseur adverse.
- Il tape la balle, celle-ci fait au moins un rebond, mais l'équipe adverse, via des passes ou en courant, réussi à faire arriver la balle sur la base avant que le batteur ne l'atteigne (rappel : le batteur doit atteindre les bases une fois qu'il a tapé la balle, d'abord la première, puis la seconde, etc.)
Un batteur avance vers les bases dans les cas suivants :
- Il tape la balle et celle-ci n'est pas attrapée de volée (comme il ne peut pas savoir à l'avance, le batteur court dans tous les cas vers les bases lorsqu'il tape la balle).
- Le lanceur adverse envoie quatre balles non jouables. Dans ce cas, le batteur avance automatiquement vers la première base.
- Le lanceur touche physiquement le batteur avec la balle lors de son lancé, ce dernier avance automatiquement en première base. Ceci est fait pour protéger les joueurs, car une balle en bois à 150 km/h, ça chatouille.
- Si le batteur arrive sur la base avant la balle, il est en sécurité. Il peut soit tenter de courir vers la base suivante au risque de ne pas arriver à temps (et de se faire éliminer), ou bien rester là et attendre que le batteur suivant tape la balle pour continuer son parcours.
Voici pour les bases les plus élémentaires : une équipe de défense avec un lanceur, un receveur (pour réceptionner les balles que le batteur rate) et le reste des joueurs placés un peu partout sur le terrain pour attraper les balles le plus vite possible et de les faire revenir vers les bases. L'autre équipe attaque avec des batteurs qui se succèdent chacun leur tour et progressent de base en base jusqu'à revenir à leur point de départ pour marquer des runs. Il y a beaucoup d'autres subtilités et exceptions, mais restons en là.
Les rôles
Ce qui fait l'essence du baseball est le duel entre le lanceur (pitcher en anglais) de l'équipe qui défend et le batteur (hitter en anglais) de l'équipe qui attaque.
Commençons par le lanceur car c'est est un rôle très particulier. Chaque équipe en compte une petite dizaine dans son effectif. Le lanceur peut lancer des balles en force et/ou avec de l'effet. Ce n'est en réalité pas lui qui décide, mais le receveur qui est placé derrière le batteur adverse. Il fait des signes codés avec ses doigts et le lanceur accepte ou refuse la proposition avec un signe de la tête. Parfois le coach peut aussi donner des consignes, toujours avec des signes codés (cracher, remettre sa casquette, se gratter le coude etc). Le receveur sait alors où la balle va arriver et peut l'attraper si le batteur la loupe. S'il ne le fait pas, le batteur peut courir vers les bases.
Lors d'un même match, le lanceur titulaire va lancer une centaine de balles à 100 mph (150 km/h), l'effort est tel qu'il lui faudra trois jours pour être de nouveau opérationnel. Comme les matchs de baseball se jouent par série (trois matchs en trois jours contre la même équipe), il y a un lanceur titulaire différent pour chaque match d'une série. Une bonne équipe de baseball ne peut donc pas se reposer sur un seul très bon lanceur, il lui en faut au moins quatre. De même, au cours d'un match, le lanceur titulaire va être de moins en moins performant du fait de la fatigue, il finira donc pas être remplacé avant la fin sur décision de son coach. Entrent alors en jeu les lanceurs remplaçants qui ont des rôles bien définis. Il y a parfois un lanceur de transition, qui entre vers la sixième ou septième manche afin de sauver une situation mal embarquée (rappelez-vous, le lanceur titulaire devient de moins en moins performant, il est donc souvent remplacé lorsqu'il est en difficulté au cours d'une manche). Ce lanceur rentre parfois pour ne lancer qu'une seule et unique balle, mais une balle importante. Ensuite il y a un lanceur secondaire, chargé de jouer les une ou deux manches suivantes (la septième et la huitème en général). Il est moins fort que le titulaire, mais sa fraîcheur lui permet de lancer des balles rapides et d'être performant sur quelques manches. Enfin, il y a en souvent un lanceur spécifique pour la dernière manche, surtout si le match est serré. Celui-là est le plus costaud psychologiquement et souvent une star de l'équipe, il doit gérer la tension de la dernière manche où tout peut basculer.
L'autre rôle majeur est celui du batteur. Comme je l'expliquais dans les règles, tous les joueurs de l'équipe sont des batteurs lors de la phase d'attaque. Il y a en fait une exception et on peut changer un joueur entre attaque et défense. Souvent c'est le lanceur qui laisse sa place (mais pas toujours, parfois il fait aussi batteur). Il y a plusieurs profils de batteurs, les premiers sont les rapides, il y a peu de chance qu'ils tapent la balle fort et loin, mais leur vitesse va leur permettre d'atteindre les bases plus vite. On les fait généralement taper en premier pour qu'ils "chargent" les bases et laisse leur place à des batteurs plus polyvalents. Un batteur polyvalent tape plus fort mais est un peu plus lent. Enfin il y a les tanks, les mecs massifs qui envoient des énormes pruneaux. Leur objectif est de taper la balle fort et loin avec pour but ultime de réussir le home run. Un home run est une balle tapée tellement fort qu'elle sort des limites du terrain (elle va dans le public ou hors du stade). Dans ce cas, les défenseurs n'ont aucun moyen de faire revenir la balle vers les bases, le batteur peut donc tranquillement faire le tour des bases en trottinant et marquer un run. Tous les autres batteurs qui se trouvaient déjà sur les bases peuvent faire de même, d'où l'intérêt de "charger" les bases avant de faire jouer le meilleur batteur. Si un batteur se trouve sur chaque base lorsqu'un home run est réussi, c'est un grand slam qui permet de marquer quatre runs d'un seul coup. Le meilleur coup au baseball.
La tension au baseball vient donc de cette confrontation lanceur/batteur. Un duel psychologique se met en place entre les deux ; les meilleurs batteurs font peurs aux lanceurs et inversement. On est dans le même genre de tension que pour une séance de tir aux buts au football et je peux vous dire que lors d'un match des finales, avec les bases chargées et un full-count (deux strike et trois balles non jouables, rendant le lancé suivant décisif), tout le stade se tait et il vaut mieux avoir les épaules solides pour être lanceur.
Les Red Sox
Si le baseball est si populaire par ici, il le doit beaucoup aux Red Sox, l'équipe phare de la région. Leur stade, le Fenway Park, est un sanctuaire situé en centre-ville et l'équipe entretient une rivalité historique avec les Yankees de New York, l'équipe la plus titrée de la ligue. Pour vous donner une idée de cette rivalité, en août dernier il y avait une série Red Sox - Yankees un peu spéciale car elle marquait le grand retour de A-Rod à la compétition après une suspension de plusieurs mois pour dopage. A-Rod, diminutif d'Alex Rodriguez, est un joueur des Yankees et le meilleur batteur de ces dix dernières années. Le mec a battu plusieurs records et gagné les World Series en 2009... alors qu'il était dopé. Forcément côté Red Sox, on l'a eu un peu mauvaise et on lui a réservé un petit traitement de faveur pour son retour, dont voici la vidéo. Comme vous pouvez le voir, le lanceur envoie deux fois la balle directement sur A-Rod, certainement de façon volontaire et ce qui doit faire bien mal. Et tout le public a applaudi !
Mais un autre élément fait la légende des Red Sox : son palmarès atypique. L'équipe a été fondée en 1901 et a gagné les World Series en 1903 et surtout en 1912, 1915, 1916 et 1918. C'était donc la meilleur équipe dans les années 1910. Et puis plus rien, le vide, aucune victoire jusqu'en... 2004. Ça nous fait quatre-vingt-six ans de disette ma bonne dame. L'équipe était devenue maudite et objet de toutes les moqueries. Quand ils ont remporté le titre en 2004, ils ont fait une parade dans Boston devant trois millions de spectateurs. Les gens parlent encore de ça ici : "2004 was crazy". Ils ont ensuite gagné le titre une nouvelle fois en 2007, puis cette année en 2013.
La victoire de cette année a ceci de particulier que la saison a été perturbée par les attentats du marathon. Les Bostoniens, dans leur côté typiquement américain, ont trouvé dans les Red Sox un "réconfort" à leur "traumatisme". La star de l'équipe, David Ortiz, a même fait un discours lors du match juste après les attentats pour remonter le moral de tout le monde. Voici la vidéo, il termine par "This is our fucking city [...] Stay strong". D'autre part, lors des entraînements de pré-saison, certains joueurs ont arrêté de se raser, juste pour se marrer. Au fil des mois, le truc a pris de l'ampleur jusqu'à devenir le symbole de la saison. Pratiquement tous les joueurs des Red Sox arboraient une grosse barbe lors des finales, sans même parler des fans. Évidemment les médias en ont fait des tonnes autour de ça.
Enfin le parcours en finales a été marqué de matchs vraiment excellents. Je vous ai déjà parlé du grand slam de David Ortiz lors des finales de la Ligue Américaine alors que les Red Sox étaient menés aussi bien dans la série que dans le match. C'est le genre d'action exceptionnelle dont tout le monde a parlé pendant une semaine, la revoici en vidéo. Et puis il y a eu un autre grand slam durant les World Series qui a lui aussi permis aux Red Sox de prendre un avantage déterminant, la vidéo. Ou encore ce home run à trois points durant le match de la victoire finale, la vidéo.
Le soucis
Le premier problème avec le baseball est commun aux autres sports américains : c'est super long. Les matchs durent au moins trois heures et vu qu'il n'y a pas de décompte du temps, cela peut durer parfois beaucoup plus longtemps. Une fois je me suis mis devant la télé à 20h30, le match s'est terminé à 00h30... Evidemment, télé américaine oblige, les coupures publicités sont très nombreuses. Mais au moins, à l'inverse du football US qui est haché en permanence, on peut regarder tout une phase de manche sans coupure.
Le début des matchs est souvent peu intéressant à regarder, le lanceur adverse est frais et il y a peu de balles touchées par les batteurs. On enchaîne les lancés sans qu'il ne se passe rien. En fait l'objectif du début de match est de boucler les manches le plus rapidement possible pour préserver le lanceur. Généralement, le match devient réellement intéressant vers la cinquième manche. Mais de toute façon, il ne faut pas trop regarder ça comme on regarderait du foot, captivé devant sa télé. Les sports américains se regardent dans un bar ou avec des potes tout en discutant, en buvant de la bière et en bouffant des chips. Si on ne s'occupe que du match, c'est rapidement ennuyeux car le rythme est trop lent. Il est fréquent qu'il ne se passe strictement rien d'intéressant pendant une heure.
Le début des matchs est souvent peu intéressant à regarder, le lanceur adverse est frais et il y a peu de balles touchées par les batteurs. On enchaîne les lancés sans qu'il ne se passe rien. En fait l'objectif du début de match est de boucler les manches le plus rapidement possible pour préserver le lanceur. Généralement, le match devient réellement intéressant vers la cinquième manche. Mais de toute façon, il ne faut pas trop regarder ça comme on regarderait du foot, captivé devant sa télé. Les sports américains se regardent dans un bar ou avec des potes tout en discutant, en buvant de la bière et en bouffant des chips. Si on ne s'occupe que du match, c'est rapidement ennuyeux car le rythme est trop lent. Il est fréquent qu'il ne se passe strictement rien d'intéressant pendant une heure.
Le deuxième problème concerne le nombre de matchs et le découpage en saison régulière/play-off. La saison régulière se joue de début avril à fin septembre et le nombre de matchs joués est tout bonnement hallucinant. Voici un comparatif avec différents sports US, auxquels j'ai ajouté le football en France, il s'agit du nombre de matchs par saison :
- Football US - 16 matchs
- Football - 38 matchs + coupes (10-15 matchs)
- Basket - 82 matchs
- Hockey - 82 matchs
- Baseball - 162 matchs
Les chiffres parlent d'eux-même, 162 matchs en six mois, ce qui équivaut à six matchs par semaine pour une même équipe. Donc ce n'est pas une exagération, les équipes jouent vraiment TOUT LE TEMPS. Il y a du baseball tous les soirs à la télé. Vous pouvez passer toutes vos soirées à regarder trois heures de baseball si ça vous chante, pendant six mois.
Les équipes sont divisées en deux ligues : la ligue Américaine et la ligue Nationale, elles mêmes divisées en trois divisions : Est, Centrale et Ouest. L'équipe avec le plus de victoire dans chaque division au terme de la saison se qualifie pour les play-offs, plus les deux meilleurs deuxièmes de chaque ligue. Vous imaginez bien qu'avec un tel nombre de match, une victoire ou une défaite en cours de saison change peu de chose. Les meilleurs équipes finiront toujours en haut des classements à la fin, il n'y a pas de surprise avec autant de matchs. En résulte des matchs de saison plus proches du show que du sport de compétition. On a l'impression que les joueurs font leur boulot comme vous et moi. Ils viennent, ils font leur match sans euphorie ou rien, puis ils rentrent chez eux. Pour un sport qui est déjà parfois ennuyeux, si en plus les joueurs ont l'air de s'ennuyer, ça commence à faire beaucoup.
Les équipes sont divisées en deux ligues : la ligue Américaine et la ligue Nationale, elles mêmes divisées en trois divisions : Est, Centrale et Ouest. L'équipe avec le plus de victoire dans chaque division au terme de la saison se qualifie pour les play-offs, plus les deux meilleurs deuxièmes de chaque ligue. Vous imaginez bien qu'avec un tel nombre de match, une victoire ou une défaite en cours de saison change peu de chose. Les meilleurs équipes finiront toujours en haut des classements à la fin, il n'y a pas de surprise avec autant de matchs. En résulte des matchs de saison plus proches du show que du sport de compétition. On a l'impression que les joueurs font leur boulot comme vous et moi. Ils viennent, ils font leur match sans euphorie ou rien, puis ils rentrent chez eux. Pour un sport qui est déjà parfois ennuyeux, si en plus les joueurs ont l'air de s'ennuyer, ça commence à faire beaucoup.
Avec les play-offs en revanche, on rentre dans des séries à élimination directe : séries entre les meilleurs deuxièmes, puis séries de division, puis séries de ligue, puis World Series. Ce qui équivaut à des huitièmes, quarts, demis et finale. Alors là d'accord, il y a de la tension, de l'enjeu et ça devient intéressant, mais encore faut il que votre équipe se qualifie. Cette critique du format saison régulière/play-off s'applique aux autres sports américains (sauf le football US qui ne comporte que seize matchs de saison régulière), mais il s'exprime au maximum avec le baseball. Durant la saison régulière, c'est un sport de spectacle et de statistiques. Les fiches des joueurs sont remplies de chiffres sur le nombre de runs, de balles tapées, de bases volées, de balles attrapées, etc. Il y a des stats sur tout et n'importe quoi et les Américains adorent ça.
Bon moi je préfère quand le match est intéressant, et à ce titre j'ai vraiment apprécié les play-offs cette année. Pour ce qui est de la saison régulière en revanche, je reste un peu dubitatif, mais ça ne m’empêchera pas d'aller voir un match au Fenway Park la saison prochaine !
Bon moi je préfère quand le match est intéressant, et à ce titre j'ai vraiment apprécié les play-offs cette année. Pour ce qui est de la saison régulière en revanche, je reste un peu dubitatif, mais ça ne m’empêchera pas d'aller voir un match au Fenway Park la saison prochaine !




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