30 décembre 2013

Brian is in the bathhhhroom

Ce dimanche est pluvieux sur Boston, j'en profite pour brancher mon clavier français et écrire sur ce blog. Avant toute chose, un joyeux noël (en retard) et une très bonne année 2014 (en avance). Maintenant que c'est fait, je peux aborder un autre sujet : l'anglais.

Anglais LV1

J'ai eu des cours d'anglais depuis l'école primaire jusqu'à ma dernière année de fac, ce qui fait environ quinze ans de cours à raison de deux heures par semaine à partir du collège. Alors on peut dire ce que l'on veut de notre système éducatif, mais me concernant, j'ai atteint un niveau d'anglais relativement bon rien que sur ma scolarité. Il faut dire également que l'anglais faisait partie des rares matières qui m'intéressaient, avec l'histoire-géo, la SVT, l'EPS et plus tard certaines matières informatiques. L'espagnol ne fait pas partie de la liste, allez savoir pourquoi. Il y a quelque chose qui m'a toujours attiré dans la langue anglaise.

Mais en plus de ça, la forte prédominance de l'anglais dans différents médias m'a permis de beaucoup progresser au fil du temps. Le média numéro un pour moi est sans conteste les jeux vidéo. Les gens qui me lisent savent surement que je suis fan de jeux vidéo depuis tout petit, mais vous ignorez certainement les effets que cela a pu avoir sur mon anglais (et sur bien d'autres choses d'ailleurs). Tout jeune, je savais ce que voulaient dire "start", "save", "load" et bien d'autres mots utilisés dans tous les jeux. En 2000, à tout juste quinze ans, je jouais à Shenmue, un jeu disponible uniquement en anglais contenant énormément de dialogues. Je pensais ne rien comprendre, mais au final j'ai terminé le jeu en comprenant à peu près le scénario. Entre 2003 et 2005, j'ai écrit des centaines de news pour un site web sur le jeu Battlefield (qui existe toujours). L'exercice consistait souvent à trouver des sources d'information en anglais et à les rapporter en français, de la traduction en somme. C'est également durant ces quelques années que j'ai énormément amélioré mon orthographe et ma qualité de rédaction en français. Vers 2008, je me suis mis aux séries et films en versions originales sous-titrées, bien aidé par le fait d'avoir un cinéma tout proche de la maison proposant les films américains en VOST (et bien aidé aussi par l'essor des réseaux p2p, mais chuuut !)

L'année 2008 correspond également au moment où j'ai commencé à chercher un V.I.E. entraînant une intensification de ma pratique de l'anglais. Pendant plusieurs mois j'ai regardé le CNN Student News en podcast sur mon iPod durant mon trajet de bus pour Vélizy. J'ai également lu pour la première fois un livre en anglais (Freakonomics), expérience réitérée par la suite. J'ai passé le TOEFL en février 2008 et obtenu un score total de 92/120 : 26/30 en compréhension écrite, 23/30 en compréhension orale, 24/30 en expression écrite et... 19/30 en expression orale. S'il y a bien quelque chose que j'avais très peu pratiqué jusque là, c'était parler anglais. Pour les quelques entretiens que j'ai du faire en anglais dans ma quête d'un V.I.E., j'avais pris pour habitude de me mettre en mode anglais dès le matin, c'est-à-dire parler anglais dans ma tête autant que possible, voir même tout seul à haute voix.

Not born in the USA

Lors de mon arrivée, il m'a fallu environ trois semaines pour me sentir à l'aise en anglais, aussi bien pour l'écoute que pour causer. Il ne s'agit pas uniquement d'habituer son cerveau à l'utilisation d'une autre langue, mais aussi d'apprendre toutes les petites phrases et formulations quotidiennes. Exemple, vous allez au MacDo, vous commandez un menu : "A Big Mac with a medium coke and French-fries please". Facile, jusque-là vous vous en sortez. Et puis le serveur vous lance deux phrases, comme ça, sans prévenir, à une vitesse folle. Vous n'avez strictement rien compris. La première était : "For here ou to go ?" (Sur place ou à emporter). La seconde : "Do you want your receipt ?" (Voulez-vous votre reçu). Le serveur dit ces phrases des centaines de fois par jour et ne prend pas la peine de les articuler, mais si vous savez déjà à l'avance ce qu'il va vous demandez, il n'y a aucun problème !

Autre exemple, sachez qu'ici lorsqu'on vous dit "Good night", ce n'est pas bonne nuit mais bonne soirée. Night a un sens plus ambiguë que chez nous qui va dépendre du contexte. Si l'on vous dit "The night between sunday and monday", il s'agit bien de la nuit entre dimanche et lundi. Mais si on vous dit "I'll go to the dentist monday night (ou tonight)", ce n'est pas un rendez-vous chez le dentiste à deux heures du matin, mais plutôt entre 17h et 20h. Dans ce cas, à quoi sert le mot evening ? vous demandez-vous dans un élan de perspicacité. Et bien c'est un synonyme de night, qui est d'ailleurs moins utilisé par les Américains. À savoir également que l'on peut dire à quelqu'un "Have a good evening", mais pas "Good evening"  qui sert uniquement en situation d'introduction. Voilà voilà.

Dernier exemple, de loin le plus compliqué, l'utilisation des auxiliaires did et have lorsqu'on pose une question. Il y a une règle précise (have = present perfect : action ayant un rapport avec le présent ; did = preterit : action du passé révolue), mais si vous commencez à vous poser la question à chaque phrase, vous n'allez pas vous en sortir (surtout que c'est particulièrement dur, j'ai fait trois fautes). Et d'autre part, l'usage n'est pas toujours en accord avec cette règle, parfois les deux sont interchangeables en anglais-américain : "Have you received your package ?" / "Did you receive your package ?", parfois non. Dans la pratique, c'est le genre de chose qui vient instantanément selon la tournure de la phrase. Un Américain ne se demande pas si son action a une répercussion sur le présent ou pas, il sait quelle tournure employer tout comme un Français sait si un nom est masculin ou féminin. C'est un point sur lequel je progresse encore aujourd'hui : "What did you do during the week-end ?" / "What have you done ? It's not working !", "Did you see your parents last week-end" / "Have-you seen Eric around here ?" deviennent doucement des automatismes.

The little differences difficulties

Au départ, une vraie difficulté en anglais a été de participer aux conversations de groupe, typiquement le midi avec les collègues de boulot. Lorsque quatre ou cinq personnes discutent entre elles, les échanges sont rapides et s'il faut quelques secondes pour comprendre une phrase et préparer une réponse, il est déjà trop tard, quelqu'un d'autre aura enchaîné. Du coup on me demandait pourquoi je ne disais rien le midi, ce n'était pas (que) une question de timidité, mais aussi une limitation technique heureusement surmontée au bout de quelques semaines.

Autre difficulté d'avantage prévisible : les accents. Il y a ici bien plus d'accents différents qu'en France. Les afro-américains ont un accent, les hispaniques ont un accents, les caribéens ont un accent, les autres étrangers de toutes origines ont un accent, mais les Américains ont aussi un accent. Il y a parfois plusieurs accents dans une même ville, essentiellement car des communautés se sont rassemblées dans différents endroits et ont créé leur propre accent. En parlant d'accent, il faut également oublier toute ambition de perdre le sien, même sur le long terme. Tous les gens que je connais ayant des origines non-américaines ont au moins un très léger accent trahissant leur origine, même pour ceux qui sont là depuis plus de dix ans. Autre habitude impossible à changer : le fait de parler sa langue natale avec un interlocuteur ayant la même langue natale. Parler en anglais avec un français sonne toujours bizarre. On parlera toujours français entre nous, sauf s'il y a un troisième interlocuteur ne comprenant pas le français. Mes deux chefs français sont ici depuis quinze ans et parlent un anglais parfait, mais ils discutent toujours en français entre eux.

Dernière difficulté : le téléphone. Il faut dire que même en français je n'aime pas le téléphone, alors en anglais je ne vous raconte pas. Avec mon coloc ça va, je suis habitué à son accent et lui au mien, donc on se comprend. Mais si demain on me demande d'appeler un client ou si je dois appeler une hotline pour un quelconque problème, je sais que je ne serais pas à l'aise, au moins au départ, mais je fais avec.

Pour conclure, je doute être 100% bilingue français/anglais au terme de mes dix-huit mois. Il faut bien plus de temps pour atteindre ce stade. Toujours est-il que j'aurai et j'ai déjà un niveau suffisant pour tenir une conversation, voir un film sans sous-titre et, plus simplement, vivre normalement. Ah et si vous venez ici un jour, ne dites pas "Boston" avec le "o" de Nono. Il faut dire quelque chose comme "Boaaston", mais ne l’exagérez pas non plus en "Baaaston" !

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