Lorsqu'on me demande ce que je pense de la vie américaine, les gens semblent s'attendre à un enthousiasme débordant. Mais non, je ne réponds pas instantanément "IT'S GREAT, AMAZING!" comme le feraient les américains.
Disons que je ne suis pas quelqu'un de très expansif (un trait caractéristique des européens aux yeux des américains), et puis j'ai cette tendance à vouloir tout (trop) analyser. Donc quand on me pose cette question, j'essaie plutôt d’expliquer ce que la vie aux États-Unis change à mon quotidien et à ma façon de vivre. Au premier abord : pas grand chose.
(Vous pouvez activer les sous-titres français)
Au delà du fait que Pulp Fiction soit mon film préféré, je trouve que cet extrait illustre bien mon expérience de la vie aux États-Unis : les petites différences. Le choc doit être plus important pour quelqu'un venant d'Asie, d'Afrique ou d'ailleurs. Venant d'Europe, on retrouve tous les traits caractéristiques de la culture occidentale et je ne suis pas sûr qu'il soit plus dépaysant d'aller vivre en Suède ou en Allemagne.
Mais du coup, est-ce pour autant une expérience intéressante ? Oh que oui. Quelqu'un qui se reconnaîtra m'a dit avant de partir : "Tu verras, tu en apprendras autant à propos de la France qu'à propos des USA". Je repense régulièrement à cette phrase car elle ne cesse de se vérifier. Il ne se passe pas un jour sans que j'en apprenne un peu plus sur les petites différences entre cultures américaine et française, ce qui me permet de mieux comprendre aussi bien l'une que l'autre.
Et c'est justement car les différences sont petites qu'il est nécessaire d'être sur place pour les constater, au fur et à mesure du temps. Vous savez ce genre de situation où l'on sait très bien comment réagirait/penserait/répondrait le Français moyen alors que l'Américain moyen fera autre chose. Difficile de mettre des mots sur tout ça, alors prenons plutôt un exemple précis, que je trouve assez représentatif et que j'ai particulièrement rodé : la conduite.
On the road again
Dès le lendemain de mon arrivée, je conduisais. Le nombre de jours sans conduire depuis que je suis ici (quatre mois) se compte sur les doigts d'une main. Pour quelqu'un comme moi habitué aux joutes parisiennes, conduire ici ne pose pas de difficulté. J'ai donc déjà une certaine expérience de la question afin de la répondre à la fameuse question : est-ce que les américains du Massachusetts (je précise car les lois se font par état) conduisent mieux que nous ?
Voici les différences les plus notables par rapport à la conduite française :
- Il existe des carrefours avec quatre stops. Premier arrivé, premier à passer.
- Il faut s'arrêter lorsqu'un bus scolaire s'arrête pour faire rentrer des gamins, même si vous êtes en sens contraire.
- Il est autorisé de tourner à droite au feu rouge si l'on ne gène personne, sauf indication contraire. Les feux sont aussi de l'autre côté du carrefour.
- Il n'y a pas de limitation de vitesse propre à un type de route, c'est du cas par cas. Le code de la route ne donne que des vitesses qu'il ne serait "pas raisonnable" de dépasser.
- Il n'y a pas de priorité à droite.
Je vous invite à parcourir les règles de conduite du Massachusetts, vous verrez que la terminologie est assez différente du code de la route français. Par exemple, j'ai cherché à savoir si dépasser par la droite sur autoroute était interdit, voici ce que j'ai trouvé :
Stay to the right and only use the left lane for passing. On an expressway with three or more lanes in your direction, use the far right lane for slower driving, the middle lane for faster driving, and the far left lane for passing.
(Restez sur la droite et utilisez la voie de gauche pour dépasser uniquement. Sur une route rapide avec trois voies ou plus, utilisez la voie la plus à droite pour rouler lentement, la voie centrale pour rouler plus rapidement et la voie la plus à gauche pour dépasser.)Et voici le code de la route français sur le même sujet :
I. - Les dépassements s'effectuent à gauche.II. - Par exception à cette règle, tout conducteur doit dépasser par la droite si : liste des rares exceptions.III. - Le fait, pour tout conducteur, de contrevenir aux dispositions du présent article est puni de l'amende prévue pour les contraventions de la quatrième classe.
Vous conviendrez que la version française laisse beaucoup moins de place à l'interprétation avec ses items bien définis, ses phrases courtes et le détail de l'amende à laquelle on s'expose. Le texte américain lui, n'est pas aussi limpide, et de fait les gens dépassent ici par la droite sans problème.
Mais revenons sur les cinq points cités au départ, que j'ai volontairement classés par ordre croissant d'impact sur la façon de conduire. En premier lieu, les carrefours avec quatre stops et les règles liées aux bus scolaires sont plus des curiosités qu'autre chose, il suffit de le savoir. Second point, la possibilité de tourner à droite au feu rouge (sauf panneau contraire) est une très bonne idée que je verrais bien reprise en France, mais ça ne change pas radicalement la façon de conduire.
Mais revenons sur les cinq points cités au départ, que j'ai volontairement classés par ordre croissant d'impact sur la façon de conduire. En premier lieu, les carrefours avec quatre stops et les règles liées aux bus scolaires sont plus des curiosités qu'autre chose, il suffit de le savoir. Second point, la possibilité de tourner à droite au feu rouge (sauf panneau contraire) est une très bonne idée que je verrais bien reprise en France, mais ça ne change pas radicalement la façon de conduire.
Avec le troisième point sur les limitations de vitesse, on est déjà sur une différence plus notable. Car en plus de l'absence de limitation de vitesse par type de route, on trouve également très peu de panneaux pour indiquer la vitesse maximale. À tel point qu'au volant, je ne sais quasiment jamais la limitation de vitesse courante et je me contente de rouler à une allure appropriée en fonction de la route ou d'adopter la même vitesse que les autres (généralement en excès de vitesse). Le seul endroit où les vitesses sont mieux signalées sont les autoroutes : en général 55 mph en autoroute urbaine et 65 mph le reste du temps. Sauf que personne ne les respecte, et pour cause cela correspond respectivement à 90 km/h et 105 km/h. Qui roulerait aussi lentement sur une autoroute quatre voies ? Personne, donc les gens roulent à 120 km/h, camions y compris puisqu'ils n'ont pas de limitation spécifique. Mes parents en sont témoins, se faire dépasser par la droite par un énorme camion qui roule à fond et se rabat juste devant vous est une expérience particulière...
Le cinquième et dernier élément de différence dans ma liste est l'absence de priorité à droite, ce qui peut paraître cool mais traduit en fait une mentalité de conduite différente. Il y a ici une forte distinction entre les main roads et les back roads ; les premières sont les axes principaux sur lesquels tout est fait pour que l'on roule sans se poser de question avec des stops/feux très favorables et donc aucune priorité à droite. Les secondes sont les rues résidentielles qui ne servent qu'à cet usage, les américains n'ayant pas pour habitude de les utiliser pour couper. En résulte que sur les main roads, il suffit de prendre sa voiture automatique, de mettre la marche avant et roule ma poule. Ensuite on peut discuter des little differences sans problème puisqu'il n'y a aucun risque pour que quelqu'un d'autre ait la priorité et oblige à être attentif. La seule chose qui peut arrêter la voiture est un feu tricolore déjà au rouge depuis un moment, le feu orange étant tellement long qu'il y a toujours le temps de passer. Enfin et comme je le disais auparavant, il n'y a pas trop à se soucier de la vitesse non plus. N'avez-vous jamais remarqué, dans les films et séries américaines, que le conducteur discute avec son passager sans vraiment regarder la route ? Et bien ce n'est pas que du cinéma, c'est aussi car la conduite américaine le permet.
De façon plus globale, la façon de conduire des Américains est liée à un trait caractéristique de leur culture : rendre les choses simples. Conduire ici est simple car les routes sont larges, les voitures sont automatiques, les règles sont très permissives et les grands axes permettent de conduire de façon peu attentive. Le problème est quand on veut leur imposer un modèle qui n'est pas le leur, par exemple les rond-points. Car il y a des rond-points au Massachusetts, et les Américains ne savent pas les utiliser. Je passe tous les jours par le même rond-point sur lequel je tourne à gauche et je ne compte plus les fois où quelqu'un s'est engagé devant moi, alors que j'avais la priorité, sans même jeter un coup d’œil sur la gauche. Mettez-vous à leur place, vous êtes sur un axe principal et d'un coup il faudrait céder le passage à quelqu'un ? Ce n'est pas dans la culture de la conduite américaine.
De façon plus globale, la façon de conduire des Américains est liée à un trait caractéristique de leur culture : rendre les choses simples. Conduire ici est simple car les routes sont larges, les voitures sont automatiques, les règles sont très permissives et les grands axes permettent de conduire de façon peu attentive. Le problème est quand on veut leur imposer un modèle qui n'est pas le leur, par exemple les rond-points. Car il y a des rond-points au Massachusetts, et les Américains ne savent pas les utiliser. Je passe tous les jours par le même rond-point sur lequel je tourne à gauche et je ne compte plus les fois où quelqu'un s'est engagé devant moi, alors que j'avais la priorité, sans même jeter un coup d’œil sur la gauche. Mettez-vous à leur place, vous êtes sur un axe principal et d'un coup il faudrait céder le passage à quelqu'un ? Ce n'est pas dans la culture de la conduite américaine.
Avant de conclure, je me dois de répondre à la question posée initialement : est-ce que les américains conduisent mieux que nous ? Les statistiques disent que non (11 morts pour 100 000 habitants en 2009 contre 6 chez nous). Chacun en tirera l'enseignement qu'il veut. Le but de cette analyse n'était de toute façon pas de juger de la conduite des Américains, mais de montrer à quel point les petites différences peuvent changer l'expérience globale. Une expérience en tout cas fascinante.
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