26 novembre 2014

Portland, Nick et Tim

Business trip

Quinze mois après mon arrivée aux États-Unis, j'ai donc eu l'occasion de réaliser mon premier voyage d'affaire, ou plutôt mes premier et second voyages d'affaire. En effet, ayant eu la bonne idée de prendre des vacances en novembre, il a fallu que je me déplace deux fois, avant et après mes congés, afin de donner deux formations de trois jours. Pour couronner le tout, il fallait que cela tombe sur l'un de nos clients les plus éloignés : Epiq Systems dans la ville de Portland en Oregon (nommée ainsi en référence à Portland, Maine, visitée avec mes parents en juillet dernier). Loin de moi l'idée de me plaindre car ce fut une expérience en tous points intéressante, et pour moi une première découverte de la west coast, préambule à mon trip californien de trois semaines en février.

A l'inverse de la côte est-américaine qui s'étend sur pas moins de quatorze états, la côte ouest se résume à quatre immenses états : Alaska, Washington, Oregon et Californie. Or c'est toujours ce dernier qui vient à l'esprit : la puissante Californie, état le plus riche et le plus peuplé des États-Unis, sa Silicon Valley, Hollywood, sa très progressiste San Francisco et son immense Los Angeles. Le culte de la west coast est avant tout celui du Golden State, comme si le nord-ouest n'était qu'une zone annexe. Ce constat, probablement vrai il y a cinquante ans, n'est plus trop d'actualité tant l'Oregon et l'état de Washington sont en train de prendre de l'importance.

Retour en arrière : les États-Unis ont depuis toujours constitué une terre d'opportunités pour des migrants en quête d'une vie meilleure. Au commencement, c'est la côte est et les Treize Colonies qui se sont développées avec des colons venus d'Europe et, contre leur gré, d'Afrique. Puis l'essor vers l'ouest s'est engagé au XIXe siècle, d'abord le centre du pays, puis la côte. La Californie fut arrachée aux Mexicains suite à la guerre de 1846-48 et devint rapidement un nouvel eldorado. Mais comme pour la côte est avant elle, la Californie devient de plus en plus prospère et par conséquent de moins en moins attractive. D'autres états prennent ainsi la relève : le Texas, le Colorado et donc le nord-ouest. Seattle est cette année la ville qui a le plus grossi aux États-Unis (elle vient de dépasser Boston en taille). Il convient d'y ajouter Vancouver, au Canada, en pleine expansion également. Ces trois agglomérations, alignées sur quelques 500 km (3h pour Portland-Seattle, 2h30 pour Seattle-Vancouver), regroupent déjà pas loin de 10 millions d'habitants.

Ainsi, le nord-ouest est actuellement une destination privilégiée pour tout Américain souhaitant déménager, et tant pis s'il y pleut d'avantage que partout ailleurs aux USA. Au moins il n'y fait pas trop froid l'hiver (le climat est finalement assez proche de ce que nous avons à Paris). Autre preuve du dynamisme de la région, vous êtes certainement au courant que Microsoft et Boeing viennent de Seattle, mais saviez-vous que c'était également le cas d'Amazon, Expedia et Starbucks ? Ou encore que Nike venait de Portland ? Niveau culturel, le mouvement grunge des années 90 (Nirvana, Pearl Jam) est originaire de Seattle. C'est aussi la région où le football (le notre) est le plus populaire avec des stades remplis toute la saison. Pourtant, derrière cette vision idéale d'opportunité, d'ouverture d'esprit et de vie réputée cool ("layed back" est un terme qui revient souvent), j'ai pu constater encore plus qu'ailleurs les résultats du capitalisme à l’américaine : il y a ceux qui réussissent... et il y a les autres.


Nick

Le vendredi 7 novembre correspond à mon premier voyage de retour vers Boston. Je me suis levé à 5h30 pour prendre l'avion deux heures plus tard avec une superbe vue sur les volcans enneigés de l'état de Washington, jusque là rien d'incroyable. C'est une fois en vol que les choses sont devenues intéressantes grâce à mon voisin, au tout dernier rang de l'avion, un certain Nick. Ou plutôt Nicolaï, natif de l'Oregon aux origines russes, environ mon âge. Première chose atypique, il avait de la terre séchée plein ses chaussures, mais j'ai vu des styles vestimentaires tellement improbables à Portland que plus rien ne m'étonne à ce niveau. Lorsque l’hôtesse est passée pour les boissons, il n'a pas pris une, mais deux vodkas (petites portions d'avion), qu'il s'est enfilées cul sec !

C'est alors qu'il m'a adressé la parole pour savoir si on pouvait utiliser mon téléphone avec le wifi de l'avion. Je n'y croyais pas trop, mais le wifi dans l'avion marche super bien. On s'est donc connecté à sa boite email et il a finit par retrouver son récapitulatif de parcours. J'ai alors appris que Nick était en train de quitter son pays pour de nouvelles aventures, destination finale l'Australie. Avant cela, il devait passer par Dublin et ne savait pas quelle compagnie il avait réservée, raison pour laquelle il devait vérifier ses emails. Pourquoi ne l'avait-t-il pas fait avant de partir ? Mystère... Même histoire pour son vol suivant vers Paris. Plus tard, il prendra un vol Athènes-Dubaï, puis Dubaï-Singapour et Singapour-Sydney. Il m'a ensuite expliqué s'être pointé le matin même à l’aéroport sans connaître son premier vol vers Boston. Il s'est donc présenté aux comptoirs de Delta, United et American Airlines, lesquels lui ont répondus qu'il n’était pas dans leurs listes, avant d'enfin se présenter à Alaska Airline et trouver sa place. Il a finalement eu l'avion de justesse. Vous avez déjà vu quelqu'un se rendre à l’aéroport sans même savoir son vol vous ? L'esprit west coast !

J'ai ensuite appris que Nick sortait de onze ans d'US Army (engagement à dix-huit ans), pour deux déploiement en Afghanistan et un en Irak. Il a fait plusieurs années en temps qu’équipier de mortier, puis de canon, avant de devenir fantassin d'infanterie. Dur dur de reprendre une vie normale après un si long engagement en temps de guerre, un peu comme Rambo... Il m'a aussi révélé que les Forces Spéciales Suédoises étaient des "fucking badass" avec leurs barbes et que les Croates passaient leur temps à squatter la salle internet vu qu'ils étaient toujours de réserve. Il était aussi jaloux des Anglais qui pouvaient boire des bières tous les jours. Bref, j'ai bien aimé ses petites anecdotes. Par chance, il s'est retrouvé assis à côté d'un Parisien (probablement le seul de l'avion) et j'ai pu lui expliquer comment, une fois dans Paris, aller jusqu'à la gare de Lyon pour prendre un train vers l'Italie. Je lui ai aussi dit d'aller dans un bar voir PSG-OM, que voulez-vous...

Aujourd'hui je ne sais pas ce qu'est devenu Nick. Si tout s'est bien passé il doit être quelque part en Australie, mais ce n'est pas gagné vu le scénario de son départ et le fait qu'il est parti quasiment sans un rond en poche et surtout sans aucun visa de travail pour l'Europe ou ailleurs. En cas de problème, il comptait revenir chez lui puis devenir pêcheur en Alaska. En tout cas, il n'avait pas une grande estime de la situation sociale dans son pays. Nick ne faisait pas partie de ceux qui ont réussis.


Tim

Le vendredi 21 novembre était mon premier jour de visite de Portland car je suis resté deux jours supplémentaires pour me balader... sous la pluie. Pour faire court, Portland est une ville plutôt agréable, même si on en fait rapidement le tour. On y trouve énormément de petites brasseries locales avec de très bonnes bières pas chères (5$ la pinte) et, il faut le souligner, de la nourriture de qualité. On y trouve aussi une salle d'arcade old school !

Moins sympa en revanche, j'ai croisé dans cette ville énormément de sans-abris. Alors soit je me suis promené dans les mauvais quartiers, soit c'est une réalité plus globale. Après m’être rendu dans la bibliothèque publique, lieu social par excellence, je pense que c'est d'avantage la seconde option. Même le musée historique aborde rapidement le sujet en présentant un caddie de sans-abri et une description sans équivoque à voir dans les images plus bas.

Tim, en revanche, ne fait pas partie de ces gens laissés sur le bord de la route. Il a été l'un de mes élèves durant les deux formations. Son prénom complet est Timothy, né à Portland d'origines roumaines, environ mon âge. Il adore le foot, donc forcément on s'est bien entendus (comme moi il s'est fait le ligament croisé du genou gauche en jouant, de quoi partager les expériences). Très ouvert et amical, Tim m'a invité à sortir le vendredi soir avec ses amis. Il m'ont emmené dans le bar le plus branché de la ville, où l'on ma payé des cocktails à 20$ alors que j'avais encore le précédent en main. Ah ça, j'ai bien bu... et sans rien dépenser malgré mes demandes répétées. "I've got it" qu'on me répondait sans cesse.

J'y ai rencontré des gens un peu hors du commun, comme par exemple cet homme dont j'ai oublié le prénom, environ quarante-cinq ans, chanteur d’opéra qui donne par ailleurs des cours de bases de données à l'hôpital de la ville et prétend ne pas savoir parler français alors qu'il m'a sorti phrases sur phrases avec un accent très correct. Ou encore cette amie de Tim, Chelsea, jeune fille riche venue du sud de l'état (une heure d'avion quand même) faire la fête pour le week-end et qui logeait dans le meilleur hôtel de la ville. Les dents plus blanches que dans une pub Colgate, on l'aurait crue sortie d'une sitcom pour ados. Elle a usé de ses charmes pour inviter un mec extrêmement riche (j'ai entendu milliardaire mais je pense que c’était exagéré) venir manger avec nous au restaurant Vietnamien à 2h du matin. Ce dernier a alors sorti sa Mastercard Platine et payé pour tout le monde. Je n'ai même pas su son prénom.

Oui car pendant ce temps là on s'est mis à causer politique et j'ai bien compris que Tim et ses amis penchaient plus du côté Républicain que Démocrate. Ah ce fameux concept de "hard work" dont j'entends constamment parler et qui permettrait de toujours réussir dans la vie, ceux qui ont échoué étant au choix des paresseux ou des profiteurs. Certes, je raccourci les propos et le débat était plus intéressant que ça, mais vous voyez l'idée. Je crois l'avoir déjà dis, vivre ici me fait réaliser combien je suis attaché au modèle plus social que nous avons en France. Pour autant, je respecte les opinions des autres et j'ai passé une excellente soirée avec Tim et ses amis. Je lui ai dit de me contacter s'il venait un jour à Paris !


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